27 juin 2010
par Sandy Beky
Sur le chromosome 7 de chacune des cellules de notre organisme se trouve une région génétique nommée 7q11.23. “So what?” me direz-vous. Et je vous répondrai que chez certaines personnes une mutation dans cette région de leur patrimoine génétique peut changer complètement leur rapport à l’autre.
En effet les enfants nés avec cette mutation et donc dits “atteints du syndrome de Williams” ne savent pas ce que c’est que d’être racistes. Ainsi plusieurs études ont montré le caractère hyper-social de ces enfants qui se trouvent dénués de toute peur, ancrage typique du racisme, et qui de ce fait n’ont aucun a priori sur l’origine ethnique de leurs interlocuteurs puisqu’ils ne la perçoivent tout simplement pas. Je vous épargne les détails scientifiques de ce “déficit” dû à une mauvaise liaison entre la zone cérébrale de la peur et la zone de reconnaissances des visages.
En tout bon scientifique qui se respecte, les spécialistes en neurosciences de la faculté de Médecine de Mannheim en Allemagne et du CNRS de Marseille n’ont pas résisté à l’envie de pousser leurs recherches plus loin et voir si cette absence de préjugés racistes avait également généré une absence de stéréotypes sexistes. Et bien l’une n’entraîne pas l’autre. Si les sujets de leurs expériences étaient pour la plupart incapables d’établir des distinctions entre les différentes ethnies (il faut quand même savoir que dès l’âge de 3 ans un enfant montre une claire préférence pour le groupe ethnique auquel il appartient), les stéréotypes sexistes étaient bien présents: à l’écoute d’une histoire autour d’un personnage volontaire la majorité imaginait un petit garçon et à l’inverse une petite fille si l’histoire faisait référence à un personnage plus doux.
Voila qui me fait sourire et me rappelle une autre étude, menée par Havard Business Review sur ces stéréotypes sexistes que l’on retrouve des années plus tard à l’embauche. Cette étude avait, entre autres, démontré à travers des cas concrets, qu’une femme à qui l’on avait demandé de ne pas du tout négocier son salaire ni toute autre condition lors de l’entretien d’embauche s’etait vue refuser le poste au profit d’un homme. Ses futurs employeurs l’avaient jugé trop timorée et ne l’estimaient pas assez solide pour assumer un rôle à responsabilités. Pour le même poste une femme à qui à l’inverse on avait précisément demandé de négocier son salaire et de montrer une attitude volontaire et combattive, s’était vue également refuser le poste au profit d’un homme ; ses futurs employeurs estimant qu’elle était beaucoup trop difficile et compliquée, et ne saurait pas garder la tête froide et gérer efficacement des équipes ainsi que la pression d’un poste à responsabilités.
Les stéréotypes sexistes sont donc bien ancrés en chacun de nous, ce qui ne veut pas dire qu’une mutation n’existe ou n’existerait pas, quelle soit… génétique, culturelle, sociétale ou tout simplement universelle!
Sandy Beky
Références:
“Absence of racial, but not gender, stereotyping in Williams syndrome children”
Etude conduite par Andreia Santos (1, 2), Andreas Meyer-Lindenberg (2) et Christine Deruelle (2) et publiée dans Current Biology, Volume 20, Issue 7, R307-R308, 13 April 2010
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